L’interview de Sophie Carquain, par les Lectrices Charleston

A l’occasion de la sortie du format poche de Trois filles et leurs mères, les Lectrices Charleston ont posé leurs questions à l’auteure Sophie Carquain ! Découvrez ses réponses ! 

Ces trois femmes fortes de l’histoire semblent vous avoir passionnée… À laquelle va votre petite préférence ?

A Marguerite Duras, sans hésiter. C’est par elle que je débute, et c’est elle qui a été l’objet d’un vrai coup de foudre littéraire, et m’a aussi donné envie d’écrire moi-même des romans. Je raconte d’ailleurs au tout début de la biographie ma rencontre avec « Un barrage contre le Pacifique », un jour d’été et d’ennui, sur un petit marché d’Argelès-sur-mer où le livre était en solde ! C’est un roman de facture assez classique (l’équivalent de la période bleue ou rose de Picasso !). L’histoire de Suzanne, 15 ans, en Indochine, des relations tumultueuses avec sa mère, ses frères, avec Monsieur Jo, le riche propriétaire d’un diamant, qui est censé les sauver de la pauvreté.  Suzanne la « petite misère », sobriquet que lui a attribué sa propre mère. La vie de Suzanne est très proche de celle de Marguerite Duras. Simone de Beauvoir a été une figure très importante dans ma vie (pour mon engagement féministe). L’écriture sublime certes de Colette m’est moins proche. C’est une question de sensibilité personnelle.

Même question envers leurs mères : laquelle de ces mères, si particulières, vous a le plus intéressée ?

Marie Donnadieu, la mère de Marguerite Duras était vraiment très fragile psychologiquement, instable, assez terrifiante pour une enfant. Je pense qu’être élevé par une telle mère peut vraiment créer une béance intérieure, une insécurité fondamentale, dont vous souffrez à vie…C’était le cas de Marguerite Duras. La maman de Simone de Beauvoir, Françoise de Beauvoir était elle, hyper autoritaire, et faisait régner elle aussi une forme de terreur. Imaginez (comme je le raconte dans le livre) qu’elle interdisait à Simone et Hélène de Beauvoir (la sœur de Simone) de fermer la porte de leur chambre, pour pouvoir tout régenter ! A l’adolescence, évidemment, ça a « clashé » entre Simone et sa mère. Mais c’est grâce à cette mère ultra autoritaire et dictatoriale que Simone de Beauvoir a conçu, finalement, sa philosophie de la liberté ! Celle qui est probablement la plus attachante est celle de Colette, un peu dépendante de sa fille, qui exigeait d’elle qu’elle lui écrive tous les jours….Ces trois mères ont été des « hyper mères », très présentes. C’est ce qui a incité ces trois femmes écrivains à s’isoler, très tôt, dans leur bulle. Dans leur écriture.

Les analyses psychanalytiques m’ont véritablement fascinée, comment avez-vous pensé à établir ce lien ? Est-ce que la psychanalyse est un domaine qui vous intéressait déjà auparavant ?

A 18 ans, je rêvais d’être psychanalyste ! J’ai toujours suivi des cours de psycho, des séminaires de psychanalyse en tant qu’auditrice libre, à la Sorbonne, et me suis prêtée moi-même à une longue analyse, qui m’a permis de mieux me connaître…Mais surtout de mieux connaître les autres.

J’ai surtout retrouvé cette discipline en écrivant des articles psy pour les journaux, et en co-écrivant quatre livres avec la psychologue clinicienne Maryse Vaillant, dont « Entre Sœurs » (Albin Michel), qui a rencontré un grand succès. Je lui écrivais de longs témoignages, et nous analysions toutes les deux ce qui avait eu lieu dans l’enfance, et dans la vie adulte. La psychanalyse, c’est un peu comme un roman policier : il y a un mystère (pourquoi on développe telle névrose ? Pourquoi on est devenu ce que l’on est ?) des indices, des révélations, etc. C’est aussi ce qui m’a passionnée dans cette biographie romancée. Quand on sait que Marguerite Duras a été séparée très tôt de sa mère (à 8 mois, âge où un bébé construit sa sécurité affective), quand on sait que Simone de Beauvoir écrivait « tout petit » pour que sa mère ne lise pas son journal intime, ou que Colette n’est pas allée à l’enterrement de sa mère….Cela intrigue, cela incite à aller voir plus loin.

Merci aux Lectrices Charleston pour leurs questions et à Sophie Carquain pour ses réponses !

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