L’interview de Sophie Carquain, par les Lectrices Charleston

Sophie Carquain, Paris, septembre 2013.Nos lectrices Charleston ont découvert en avant-première le tout premier document Charleston, Trois filles et leurs mères. Une biographie romancée sur Marguerite Duras, Colette et Simone de Beauvoir, dans laquelle nous découvrons trois filles attachantes et leurs trois mères, très présentes. Découvrez dès à présent l’interview de l’auteur, Sophie Carquain, par nos Lectrices Charleston.

Pourquoi avoir choisi particulièrement ces trois auteures ?
Parce que je n’avais pas vraiment le choix ! Elles se sont imposées d’elles-mêmes. Toutes les trois sont nées à la même époque à peu près (fin du XIXème siècle- début du XXème), toutes les trois sont des écrivains-stars, des « monstres sacrés », toutes les trois ont eu une vie de légende, une carrière littéraire époustouflante. Et, enfin, toutes les trois ont partagé ce point commun d’avoir une mère excessive, majuscule, une « hyper mère », qu’elle soit fusionnelle, comme Sido l’a été avec Colette, hyper autoritaire comme Françoise de Beauvoir avec Simone, ou ambivalente comme Marie Donnadieu l’a été avec Duras.  Ce qui m’intéressait aussi, les concernant, était qu’elles ont vécu à une époque où la psychanalyse n’avait pas encore eu le temps de se diffuser dans le grand public. La relation mères-filles était empreinte de passion !

Vous parlez dans le livre de votre rencontre avec Marguerite Duras, mais qu’en est-il de Simone de Beauvoir et Colette ?
Duras s’imposait d’elle-même. J’ai aimé (et je continue à aimer) énormément cet écrivain, surtout pour ses premières œuvres : Un barrage contre le Pacifique, Le ravissement de Lol V. Stein, les Petits chevaux de Tarquinia, le Vice-Consul, etc. J’ai une passion pour Duras, en particulier pour Un barrage dont je parle beaucoup dans le prologue.
Ma relation à Beauvoir et Colette est beaucoup plus « raisonnable ». J’ai rencontré Beauvoir après avoir lu Sartre, et j’ai aimé en elle bien sûr, la féministe, la femme qui se promène tout le temps dans un groupe d’hommes. Quand j’étais en classe littéraire, en hypokhâgne, à 18 ans, je sortais beaucoup avec un groupe de garçons. Je me prenais un peu pour Beauvoir…Elle m’a aidée à grandir, et elle est toujours présente en moi quand (par exemple dans un dîner) j’entends des propos antiféministes. Je la vois instantanément se poser devant moi, les sourcils froncés, et elle me donne la force de m’exprimer !
De Colette, j’avais lu surtout les Claudine, mais j’aimais d’emblée sa liberté de ton et une certaine amoralité. J’ai découvert une femme sensible, avec un sens du tragique qui m’a plu.

Pourquoi avoir choisi d’aborder leurs relations avec leurs mères plutôt qu’un autre aspect de leurs vies ?
Parce que tout simplement je me suis rendu compte qu’elles partageaient ce point commun d’avoir eu une mère extraordinaire. Par la suite, j’ai découvert d’autres points communs : elles avaient toutes les trois eu des amants beaucoup plus jeunes qu’elles, elles avaient lu les mêmes livres, etc.
La relation à la mère est un « angle » qui permet d’examiner toute une vie, de la naissance, à la mort en passant par le désir d’écrire. J’avais envie, sur le plan littéraire, de les raconter, petites, en compagnie de leur mère. Je les ai beaucoup visualisées : Simone vêtue en petite fille modèle tenant la main à sa magnifique mère, Marguerite, toute maigrichonne, pieds-nus et cheveux en broussaille, baissant les yeux devant sa maman, ou Colette, en bottillons, posant un regard illuminé sur cette déesse-mère (Sido) qu’elle adorait.
Je voulais aussi savoir à quel point une relation avec une mère, consciemment ou inconsciemment, vous pousse à écrire…

Pensez-vous que les mères ont une relation plus forte avec leur fille plutôt qu’avec leur fils ?
On parle souvent de la passion entre mère et fils…Mais je pense qu’il est plus facile pour une mère de communiquer avec une fille. Plus complice ? Oui. Plus forte ? Non. Mais par la force des choses, mère et fille se ressemblent beaucoup plus. Il y a un danger de ressemblance. A l’adolescence, nombre de filles étouffent sous le poids de l’amour maternel. Elles ne craignent qu’une chose : que la mère les empêche de grandir. C’est donc à la mère de se montrer plus légère…Dans le cas de Colette-Duras-Beauvoir, toutes les trois ont dû se construire un espace imaginaire pour ne pas étouffer…Cet espace est devenu celui de l’écriture. Ainsi, la chose était claire : c’est bel et bien pour se distancier de leurs mères qu’elles ont, inconsciemment, commencé à écrire.

À la lecture de l’ouvrage, on finit par se demander : quel est le rôle du père dans tout cela ? Est-ce un rôle de consolateur, d’arbitre ?
Le père a, traditionnellement, un rôle de « séparateur », il aide précisément mère et fille à se séparer, et incite la fille à grandir…C’est un rôle magnifique. Il donne des ailes ! Dans ce livre c’est tout à fait manifeste : pour se reposer du regard maternel, de « Big Mother », nos trois petites filles squattent souvent le bureau du père. Le père de Colette écrivait- assez maladroitement- des vers et demandait son avis à sa fille…qui n’était pas tendre ! Le père de Simone de Beauvoir, Georges de Beauvoir, l’invitait aussi à écouter les textes qu’il déclamait dans son bureau. Ca les a incitées à écrire aussi. Le père de Duras est mort quand elle était très jeune. Mais elle a vécu avec le souvenir d’un « génie des mathématiques ». Dans tous les cas, le père les a poussées se surpasser…

De laquelle de ces trois femmes vous sentez vous le plus proche ?
Difficile à dire… Les études que j’ai faites me rapprochent de Simone de Beauvoir (j’ai adoré la philosophie).  Mais je me sens plus « sensible » qu’elle, moins « forteresse », ce qui me rapproche de Duras. Je suis plutôt entre les deux…

Comment définiriez-vous la relation que vous entretenez avec votre  mère ?
Elle est très bonne, complice, tendre, après avoir été (logiquement) un peu conflictuelle à l’adolescence. Je pense que ma mère, qui aime la nature, et est assez fusionnelle se rapproche plutôt de Sido que des autres femmes. C’est plutôt bon signe !

Quels sont vos projets ? Avez-vous déjà en tête un prochain livre ?
Je suis sur un projet de série pour enfants en littérature jeunesse…Mais je veux continuer dans la voie de la biographie romancée, qui me comble. J’ai en tête quelques actrices…

Merci à Sophie Carquain et aux Lectrices Charleston pour cette interview !

Retourner sur la fiche du livre 

Partagez cet articleShare on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on Tumblr
Tumblr
Email this to someone
email

, ,

2 réponses à L’interview de Sophie Carquain, par les Lectrices Charleston

  1. FAURE 20 juillet 2014 à 20 h 15 min #

    Bonjour,

    je viens de terminer votre livre « 3 filles et leurs mères » que je trouve magnifiquement écrit. A travers ces 3 histoires, on comprend tellement de choses sur l’amour, qu’il soit maladroitement exprimé ou tout simplement écrit comme un cadeau de la vie. Merci à vous d’avoir donné tant de grâce et de sensibilité à l’écriture de ce roman.

  2. elise iwasinta 30 juillet 2014 à 13 h 51 min #

    Un grand merci pour votre commentaire.
    Elise, éditions Charleston

Laisser un commentaire