L’interview de Élise Thiébaut – L’Amazone Verte

Élise Thiébaut a répondu aux questions de Danaé Tourrand-Viciana, notre directrice éditoriale, sur son nouveau roman L’Amazone Verte,  une biographie subjective de la pionnière de l’écoféminisme. Découvrez ses réponses !

Comment vous est venue l’idée d’écrire cette biographie de Françoise d’Eaubonne ?

La façon dont les idées nous parviennent quand on écrit est toujours mystérieuse. Françoise d’Eaubonne était présente dans mon environnement et je me sens liée à elle par mille petits liens, comme notre date de naissance commune, un 12 mars, une passion pour la politique, le sens de l’humour, un goût particulier pour l’aventure. Quinze ans après sa mort, alors que je m’intéressais comme beaucoup de monde à la nouvelle vague de l’écoféminisme, j’ai essayé d’en savoir plus sur elle : elle est quand même la pionnière de ce mouvement qui s’est construit sans elle. Je voulais réparer cette injustice et voir ce que, peut-être, la pensée et le destin incroyables de cette femme avaient à nous dire sur notre époque. Et même si je suis loin d’être toujours d’accord avec elle, je suis persuadée qu’en inventant l’écoféminisme, elle nous autorise à créer des utopies pour demain.

Ce qui est le plus marquant dans votre livre, c’est de voir à quel point Françoise d’Eaubonne a été une figure incontournable de la vie intellectuelle française, puis qu’elle a été complètement oubliée, ou presque. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Je crois que c’était un esprit libre et sans concession, qui n’a jamais « joué le jeu » qu’on attendait d’elle. Dans un sens, je dirais qu’elle était inadaptée socialement, comme souvent les génies – ce qu’elle était indubitablement : les premiers textes qu’elle écrit, a 8 ou 9 ans, sont époustouflants ! Elle écrivait beaucoup, mais sûrement trop vite et son œuvre immense en a souvent pâti. Elle avait une culture livresque énorme, un esprit visionnaire toujours en mouvement, une impatience qui la rendaient souvent désagréable. Or si l’on pardonne beaucoup à l’homme de génie, la femme de génie est
souvent prise pour une folle hystérique ou une sorcière. Les hommes de sa vie – du moins jusqu’à sa maturité – ont toujours essayé de la mater, de l’exploiter, de la rabaisser, ce qui l’a conduite à se marginaliser encore plus en s’engageant dans la révolution sexuelle auprès des gays, elle qui n’était pas lesbienne, et dans l’action terroriste en luttant contre le nucléaire. Rien de tout cela ne favorise la postérité !

Qu’est-ce qui vous touche le plus dans la vie et la personnalité de Françoise d’Eaubonne ?

Son extraordinaire vitalité, et aussi sa liberté et son courage. Elle était passionnée et, je crois, solaire avec celles et ceux qu’elle aimait. Elle donne l’impression qu’elle n’avait peur de rien, mais ce qui m’a souvent émue et même bouleversée, en écrivant ce livre, c’est de ressentir les souffrances que certains hommes lui ont infligées, les violences sexuelles qu’elle a subies et qu’elle a fait semblant d’ignorer, alors que d’après moi, elle en a été pratiquement brisée. Cela m’a profondément touchée parce que j’ai reconnu là une forme de sacrifice fait par les pionnières du féminisme, qui ont payé un prix affectif et psychique énorme dans leur combat pour la libération.

Vous avez travaillé en étroite collaboration avec ses proches pour la rédaction de ce livre. À quel aspect de sa vie vous n’auriez pas eu accès sans ces échanges ?

Aucune porte ne m’a été fermée, et les proches de Françoise d’Eaubonne ont fait preuve d’une générosité et d’un soutien extraordinaires – en particulier son fils Vincent d’Eaubonne et celui qu’elle appelait son fils adoptif, Alain Lezongar. Cependant, j’ai choisi délibérément de laisser certains aspects de sa vie de côté : certains de ses engagements (dans les radios libres, contre les sectes, etc.), son goût pour la chanson, ses talents de dessinatrice ou de peintre, et il m’a été impossible de lire tous ses livres (il y en a près de cent !). Après réflexion, j’ai renoncé à aller consulter ses archives, car je craignais d’être submergée et je voulais plutôt raconter « le roman de Françoise d’Eaubonne », pour faire découvrir sa pensée et son œuvre, à travers un récit qui nous tienne toujours en haleine.

 

 

Un grand merci à Élise Thiébaut pour ses réponses ! 

Retrouvez son nouveau roman, L’Amazone Verte, en librairie le 9 mars !

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