L’interview de Patricia Gaffney, par les lectrices Charleston

Gaffney

 Après le succès des Quatre Grâces, Patricia Gaffney revient enchanter notre début d’année avec un nouveau livre, Une Valse à trois temps. Elle nous raconte l’histoire de Carrie, de sa fille adolescente Ruth et de sa mère Dana. La mort brutale de son mari laisse Carrie désemparée et culpabilisante, puisque son couple était déjà mort et qu’elle n’avait rien fait pour le sauver. Mais, pour ne pas laisser Ruth bouleversée et Dana très inquiète, Carrie va petit à petit se relever, et les trois femmes vont se reconstruire… Ce roman émouvant, d’une justesse poignante, aide à mieux comprendre les femmes, leur vision d’elles-mêmes, ainsi que la magie de la vie. 

Patricia Gaffney a retrouvé avec plaisir les lectrices Charleston pour une nouvelle interview, et a répondu à leurs questions sur Une Valse à trois temps.  

Quel est votre personnage préféré dans le roman ?

Quand j’ai écrit ce livre, mon personnage favori – ou du moins celui dont je me sentais le plus proche par l’âge, les circonstances, le tempérament, etc. – était Carrie, la mère de 44 ans. Ses pensées me venaient assez naturellement et ce n’était pas trop dur de me mettre à sa place. Elle était la plus « moi », tout simplement. Ruth, la fille adolescente, était la plus amusante à décrire, mais seulement parce qu’elle est complètement inventée – je n’ai pas d’enfant, et n’ai jamais eu de sœur. J’ai une adorable nièce, Molly, qui avait l’âge de Ruth quand j’ai écrit ce livre. Elle m’a donné des conseils sur la langue des ados, notamment sur le mot « tool », qui ne se traduit probablement pas très bien en français mais signifie… drogue, tout simplement. À présent, quinze ans après, je suis triste de constater que je peux m’identifier beaucoup plus facilement à Dana, la grand-mère de 70 ans ! En relisant Une Valse à trois temps, je la trouve assez amusante et j’apprécie son franc-parler, son style direct. J’ai beaucoup plus de sympathie pour elle maintenant, puisque, aussi malavisée, entêtée et horripilante soit-elle, la plupart du temps, elle veut vraiment bien faire. Elle veut désespérément que sa Carrie bien-aimée soit heureuse – elle fait juste tout de travers pour que cela arrive.

Avez-vous été inspirée par votre propre relation avec votre mère pour l’histoire d’Une Valse à trois temps ?

Oui, par certains côtés. Beaucoup de côtés. Ma mère était une femme très forte, aux idées très arrêtées, et elle était aussi un peu snob sur les bords. Elle voulait toujours se surpasser, et elle a déménagé au sud de Washington D.C., à l’âge de 18 ans – c’est-à-dire aussi tôt qu’elle a pu. Mon père aussi paraissait parfait : beau, étudiant en droit, solide comme un roc. Un homme beaucoup plus intéressant que George dans le livre, mais que vous ne pourriez pas non plus qualifier d’homme excitant, reconnaissons-le. Par ailleurs, je n’ai jamais remarqué de passion particulière entre mes parents quand j’étais enfant.

C’est ce que j’ai repris dans mon livre : une femme intelligente et éternellement insatisfaite, mariée à un homme pour des raisons plus pratiques que romantiques, qui essaie tant bien que mal de vivre sa vie idéale à travers celle de sa fille. Une fille qui épouse un homme ressemblant beaucoup trop à son père, et qui serait probablement restée avec lui éternellement s’il n’était pas mort.

Comment vous est venue l’idée de l’Arche ?

Je n’en ai aucune idée. Absolument aucune idée, et si vous m’aviez posé cette question quand la première édition du livre est sortie, ma réponse aurait été la même. Parfois des idées pour les histoires arrivent de nulle part, d’une manière que vous ne pouvez expliquer ou décrire après coup. Je voulais que Carrie réalise quelque chose qui la fasse croire à nouveau en elle en tant qu’artiste – c’est tout ce que je peux dire. La vérité, c’est que je peux rarement retrouver ce qui m’a inspiré telle ou telle idée après les faits. En outre, le temps que vous en finissiez avec elle, l’inspiration originelle a tellement changé et évolué, elle a été malaxée et réinventée… Ce n’est pas identifiable, de toute façon.

Quelle longue et ennuyeuse réponse… Désolée 🙂

Dans Les Quatre Grâces, vous avez écrit une histoire sur des vies de femmes. C’est la même chose dans Une Valse à trois temps. Pourriez-vous choisir un homme comme personnage principal ?

J’y pense. J’y viens petit à petit… Mon dernier livre, Mad Dash – je ne crois pas qu’il ait été traduit en français – parle de la crise de la cinquantaine que traversent deux personnes après 20 ans de mariage, et l’histoire est racontée du point de vue des deux personnages, mari et femme. C’est un premier pas dans le territoire mâle. Et dans le roman sur lequel je travaille en ce moment, l’homme est le personnage principal, d’une certaine manière. C’est un homme inconscient, vaniteux, et (comme d’habitude) qui trompe sa femme. Elle l’a jeté dehors, mais un médecin lui dit qu’il n’a plus beaucoup de temps à vivre, et par pitié, sa femme le reprend. Puis il découvre que le diagnostic était faux – mais s’il lui dit, elle le jettera dehors à nouveau. Il prétend alors qu’il est toujours mourant, tout en essayant de faire en sorte qu’elle lui revienne. C’est une comédie.

Merci à Patricia Gaffney et à nos lectrices Charleston pour cette interview !

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